POTOSI

par | Oct 30, 2017 | Bolivie | 2 commentaires

Vendredi 27 octobre 2017, on décide d’aller dans une des mines du Cero Rico (montagne riche).

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POTOSI

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Tout commença en 1544 avec un berger Inca qui, cherchant ses lamas égarés de nuit, a fait du feu au pied de la montagne Potojsi. Sous l’effet de la chaleur, le sol a fondu et a laissé apparaître un liquide brillant : de l’argent. Les espagnols s’approprient rapidement ces richesses et exploitent la mine. De 1545 à 1825, plus de 8 millions d’esclaves indiens et africains y sont morts compte tenu des conditions de travail inhumaines. Une phrase populaire dit qu’avec l’argent extrait, on aurait pu construire un pont de Potosi à l’Espagne et qu’avec les restes humains des victimes de la mine, on aurait pu en construire deux !! On se retrouve dans un groupe de 11 personnes mais comme on est les seuls à vouloir faire la visite en espagnol (les autres la veulent en anglais), on a un guide privé !! On part tous ensemble en collectivo jusqu’à un lieu où l’on va nous équiper : pantalon, veste, botte et casque avec lampe

On va alors à un marché où on va acheter des cadeaux aux mineurs. C’est la tradition. Sur les conseils d’Oscar, on leur achète de la dynamite (oui, oui, vous avez bien lu!!), de l’eau et du soda. Puis on se rend à l’entrée de la mine où des traces noires sont celles de sang de lama séché, sacrifié en offrande à la Pacha Mama.

La mine est organisée en coopératives. Mais chacun travaille pour soi. Il faut payer un droit d’exploiter qui se monte à environ 2000 bolivianos.(moins de 250€) puis, à chaque vente, il faut reverser un pourcentage à la coopérative, entre 5 et 12%. Les mineurs extraient essentiellement de l’argent. Mais il y a d’autre minerais et si le cours du zinc par exemple, devenait plus intéressant que celui de l’argent, ils changeraient de minerai.
On entre dans la mine.

Des mineurs poussent des wagonnets qui pèsent 2 tonnes quant ils sont pleins ! Il y en a un qui courre devant pour vérifier qu’il n’y a rien sur les rails et que le wagon ne va pas se renverser et deux autres qui poussent la charge en courant !! Impressionnant ! On se plaque contre les parois quand on voit arriver les lumières des casques pour ne pas les ralentir.

On avait l’impression d’être revenus au temps de Germinal (mais sans le grisou!). Oscar va nous emmener à la rencontre des mineurs dans des endroits très très improbables !! On a dû ramper dans la poussière, se faufiler dans des galeries à peines plus larges que nous, passer sur des échelles branlantes, monter (puis descendre) par des accès plus que dangereux…Bref, c’était génial !! Et surtout, on a vu les mineurs dans leur milieu de travail. On a rencontré d’abord Ismaël qui n’étant pas en veine, va travailler ce week-end pour espérer trouver du minerai…C’est la première fois qu’Oscar emmène des touristes dans cet endroit d’accès très très difficile. Nous offrons à Ismael un bâton de dynamite, du nitrate d’ammonium et une bouteille de soda (le sucre contenu redonne un peu d’énergie aux mineurs qui n’ont rien mangé depuis des heures)
On se hisse ensuite péniblement vers deux autres travailleurs après avoir franchi une poutre au dessus du vide ! Ceux là ont eu plus de chance et ont extrait une centaine de kilo dans la semaine (24 bolivianos le kg environ soit 3€). L’un d’eux nous offre un morceau de minerai d’argent. Adorable !

Oscar nous parle des habitants de la montagne. Il y a d’abord La Pacha Mama, bien sûr, qui est donc la terre mère. Il y a el Tio qui est comme un démon mais qui n’est pas le diable. C’est un peu comme le dieu de la mine, celui qui va protéger et donner de bons filons aux mineurs. En fin de semaine, les mineurs font des offrandes à une figurine qui le représente. Ils versent de l’alcool devant lui, lui mettent une cigarette dans la bouche et disposent des feuilles de coca autour de lui. Une fois ce rituel effectué, les mineurs fument et s’enivrent.

Il y aussi la vieja qui représente la peur et que l’on doit donc combattre. Puis il y a Tata Ck’accha qu’on passe voir chaque matin pour demander sa protection et quand on sent que la bonne humeur fait défaut ! Ici, l’idée c’est de laisser ses problèmes en dehors de la mine est d’être gai. Belle philosophie !

Tous les mineurs mâchent des feuilles de coca. Tous ! Il faut savoir qu’en plus d’être la matière première de la cocaïne, ces feuilles donnent de l’énergie pour les travailleurs de force et sert également de coupe faim. Personne ne mange dans la mine à cause du risque de contamination par la poussière. Mais pour les feuilles de coca me direz-vous ? Et bien c’est une très bonne question. Oscar, lui même mineur, nous raconte qu’ils urinent sur leur mains pour les rincer avant de toucher les feuilles. Ils les essuient sur leur foulard qui leur sert aussi de filtre à poussières pour ceux qui n’ont pas de masque. Ils urinent n’importe où dans la mine.

Plus loin, un mineur pose de la dynamite dans des trous. Il en a mis 27 et Oscar tient à ce qu’on attende l’explosion…Pour tout vous dire, on a signé une décharge avant de faire cette visite ! Et c’est vrai que c’est très impressionnant. Le sol tremble et on entend bien chaque détonation. Puis rapidement nous sentons une forte odeur de gaz ( généré par l’explosion ) et pour ne pas être exposés trop longtemps, nous sortons de la mine. Le dernier accident date d’il y a un mois et deux frères de 19 et 22 ans sont morts ensevelis. Leurs corps n’ont pas été retrouvés et le jour où nous partons de Potosi, les recherchent sont interrompues. Le plus jeune allait être papa dans 6 mois et l’aîné était père de 2 enfants..C’était une expérience forte et tous ces mineurs méritent vraiment notre respect !! Nous qui nous plaignons facilement avons des leçons a tirer de ces gens !!

Samedi 28 octobre 2017, après un super petit déjeuner à notre hôtel, l’Eucalyptus, on fait un tour dans la ville puis on va visiter l’église et le couvent de San Francisco.

Le couvent fut fondé en 1547, devenu trop petit, il fut détruit en 1707 et reconstruit dans les 19 années qui suivirent. Trois frères franciscains y vivent encore dont le plus âgé a 84 ans. La visite commence par celle du cloître et de sa galerie de peinture, décrivant certains épisodes de la vie de Saint François d’assise.

 

Ensuite nous entrons dans l’église proprement dite. Sur l’autel, un christ en bois y trône. C’est le señor de La Vera Cruz, saint patron de Potosi. Sculpté dans une seule pièce de bois, son auteur reste anonyme. La barbe et les cheveux sont humains. Des experts du monde entier l’auraient examiné et auraient conclu qu’il ne pouvait être l’œuvre d’un être humain… De nombreuses légendes entourent son origine. Il est auréolé d’une immense sculpture d’argent pur qui vient de la mine, bien sûr.

Nous descendons ensuite dans deux petites cryptes qui étaient un cimetière. En effet, des familles payaient très cher pour être enterrées ici, pensant être plus près du paradis. Une sorte d’embaumement permettait de ne conserver que les os et réduire ainsi la taille de la sépulture. La crypte en était remplie. Le général Sucre a ordonné de vider ces cryptes et d’ensevelir les ossements dans une fosse commune. Finalement, riche ou pauvre, on finit tous au même endroit !

Puis nous nous rendons sur les toits d’où nous avons la plus haute vue sur la ville. Effectivement, c’est superbe !

Le soir, nous décidons de goûter la bière fabriquée à Potosi et montons sur la terrasse de notre hôtel pour la déguster tous seuls avec vue sur la ville et le Ciero Rico et ses mines.