SUR LA ROUTE DE L’EVEREST

par | Juin 16, 2018 | Chine | 4 commentaires

Lundi 4 juin 2018, c’est le grand départ dans le Tibet profond en mini van. Nous prenons une route qui monte et Yvi la canadienne qui est avec nous se donne régulièrement des shoots d’oxygène. Un premier arrêt nous offre une vue bien moyenne sur les sommets enneigés mais nous permet de nous plier à l’activité touristique du lieu : la photo avec des mastiffs tibétains, d’énorme molosses trop adorables. Ces chiens sont utilisés comme chiens de troupeaux par les bergers nomades de l’Himalaya et etaient autrefois les chiens de garde traditionnel des monastères. On peut aussi se faire tirer le portrait avec des yaks ou des bébés chèvre naines.

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Pus loin, nous nous arrêtons à un col (Gamba La Pass) à 4794m qui domine le lac Yamdrok (un des quatre lacs sacrés du Tibet) dont les pèlerins font le tour en une semaine. Puis nous redescendons et longeons la rive jusqu’à un un nouvel arrêt au bord de l’eau claire.

Nous reprenons ensuite la route qui conduit à Nangartse où nous prenons notre repas de midi. Ensuite, la route suit des gorges dont les sommets alentour sont couverts de glaciers et d’une très belle neige qui ressemble à de la chantilly. C’est très beau. Notre étape suivante est le Karo-La glacier (5050 m) et un très beau stupa trône en bas de la vallée glacière.

Puis nous arrivons à Gyantse et notre guide prend ¼h pour aller chercher nos permis pour le camps de base (EBC, Everest base camp). Une forteresse (dzong), ancien siège du gouvernement tibétain, domine la petite ville.

Nous allons au monastère Pelkor Chöde dans l’enceinte duquel on trouve le Kumbum (100 000 images), le plus grand stupa du Tibet avec ses 32 m de haut, ses 73 petites chapelles et ses 108 portes (nombre sacré du bouddhisme tantrique). Nous montons le stupa sur six niveaux. À chacun des étages, nous devons faire le tour..comment ? Dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est ça ! Y en a trois qui suivent ! Le premier niveau comprend 4 chapelles principales à doubles niveaux orientés suivant les 4 points cardinaux. A l’est, les statues des Quatre Rois gardiens (ou Chökyong) indiquent le passage vers les étages supérieurs. Les chapelles décorées de peintures du XIV ème siècle abritent des statues, des figures du boudhisme (je vous épargne les noms, dont certains ont été donnés dans un article précédent) et des divinités aux visages souvent bien effrayants. Le cinquième niveau nous offre un beau panorama sur la vieille ville et sur le dzong (fort) de Gyantse, perché sur un énorme affleurement rocheux.

Le Pelkor Chöde comprenait autrefois quinze monastères réunissant en un même lieu trois ordres différents du bouddhisme tibétain. Neuf des monastères étaient Gelugpa, trois étaient Sakyapa et trois appartenaient aux Büton, un sous-ordre obscur. Il est encore aujourd’hui le seul monastère au Tibet où cohabitent ces 3 ordres.Il est bien différent de ce que nous avons vu jusqu’à présent, d’abord parce qu’il est fortifié ! (C’était pour se protéger des attaques britanniques). Et puis parce que l’intérieur, de la salle d’assemblée par exemple, est plus sombre, moins coloré que les autres que nous avons pu voir. Dans la chapelle principale trône une statue de Sakyamuni flanquée du bouddha du passé et du bouddha du futur. Un corridor orné de très belles fresques permet d’en faire le tour. Et pour la première fois, on peut prendre des photos moyennant 10 yuans soit 1,30 euros environ par chapelle située de part et d’autre de la chapelle principale. Les moines ont le sens du business ici ! Dans la chapelle de gauche on peut voir une grande statue de Nampa Namse (Vairocana) à quatre têtes et les quatre autres Dhyani Bouddhas (bouddhas de la Sagesse). Un grand thangka (tapisserie brodée ou peinte) est enveloppé dans une sac en cuir de yak. Il est exposé durant la fête de Saga Dawa. Dans celle de droite, siège une statue de Jampa derrière laquelle sont représentés trois bodhisattvas (Chenrezig, Jampelyang et Chana Dorje), les trois principaux rois du Tibet ainsi qu’un chorten doré.

Ensuite, Nous repartons pour encore environ deux heures de route, jusqu’à Shigatse où nous allons passer la nuit dans un hôtel quatre étoiles. La classe. Aujourd’hui, nous sommes très impatients d’avoir du wifi pour savoir si notre famille s’est agrandie avec la venue d’un petit être qui va résider en Californie…Au restaurant, à midi, la connexion n’était vraiment pas bonne et notre excitation est à son paroxysme !!!

Mardi 5 juin 2018, sans nouvelle de notre nouvel arrivant tant attendu, nous partons visiter le monastère Tashilhunpo, situé dans la ville même de Shigatse. Il est l’une des six grandes institutions Gelugpa avec notamment les monastères de Sera et de Labrang (que nous avons déjà visité). Il fut fondé en 1447 par Genden Drupun (disciple de Tsongkhapa) qui fut rétrospectivement désigné comme le 1er Dalaï-Lama. Sous le 5ème Dalaï-Lama, le monastère devint le siège d’une importante lignée, celle des Panchen lamas (grands maîtres). Une rivalité s’instaura au sein même de l’ordre des Gelugpa entre les Panchen lama et les Dalaï-lama. Le monastère couvre une superficie de 70000m² et il est la plus grande institution religieuse en activité. En entrant nous avons une magnifique vue d’ensemble sur le monastère, avec, au premier plan, les quartiers monastiques en pierre blanche, au dessus, un ensemble de bâtiments rouge brique aux toits dorés et encore plus haut, sur la droite, le mur à thangka sur lequel sont accrochées d’immenses tentures colorées lors des fêtes importantes

Nous empruntons tout de suite le Kora (chemin de prières qui contourne le monastère) où certains fidèles progressent en faisant des prières allongées et de vieilles dames en habits traditionnels le gravissent péniblement en se reposant régulièrement sur les bancs qui jalonnent le chemin. L’une d’entre elles saisi la lampe de poche orange accrochée au dos du sac d’Hélène (merci Isa, tu vois, elle voyage!). Devant son air interrogateur, je lui montre comment elle fonctionne ce qui semble la ravir. Que ce peuple est attachant ! C’est incroyable de les voir si souriants, si amicaux, si heureux malgré tout ce qu’ils ont traversé et traversent encore ! C’est peut-être ce que nous garderons comme plus précieux souvenir, encore plus que les temples dorés ou les merveilles de la nature si impressionnantes…

Les moines vaquent à leurs occupations et notamment aujourd’hui au déchargement d’un camion contenant des bols à offrande.

Nous entrons dans la chapelle qui abrite la fameuse statue de Jampa (bouddha du futur) haute de 26 mètres recouvertes d’or et incrustée de pierres précieuses (ce serait la statue dorée la plus grande au monde). Mais comme les photos sont interdites, vous devrez nous croire sur parole ! Nous traversons ensuite une autre chapelle avec une grande statue de Tsongkhapa puis nous admirons le mausolée couvert d’or du 10e panchen-lama et celui du 4 ème panchen-lama. Nous terminons par le temple de Kelsang dont la pièce maîtresse est sa vaste cour, point central des célébrations et des activités monastiques. J’aime vraiment ce style architectural.

Au fil de notre visite nous avons vu de nombreuses photos des 9e, 10e et 11e panchen-lamas. Le dixième Panchen-Lama, qui était pourtant pro chinois au départ, a changé de position après le soulèvement de Lhassa en 1959 et a été emprisonné pendant 14 ans dès l’âge de 26 ans après avoir fait passer une pétition (réclamant plus de liberté et le recensement des atrocités faite à l’encontre des tibetains) à Mao. Il est mort à 51 ans, officiellement d’un problème cardiaque, empoisonné pour les tibétains. Le onzième panchen-lama, l’actuel, a été choisi par le gouvernement chinois et n’est donc pas vraiment reconnu par les bouddhistes. Comme le panchen-lama participe à la désignation du dalaï-lama et vice versa, cela permettrait de garder un contrôle sur la prochaine réincarnation du dalaï-lama. Le onzième panchen-lama, celui désigné parle dalaï-lama, a été emprisonné (ainsi que sa famille) à l’âge de 6 ans faisant de lui le plus jeune prisonnier politique de l’histoire. Nul ne sait où il se trouve et plusieurs groupes militent pour sa libération, l’un d’entre eux offrant même 33000 dollars US pour toute information sur son lieu de détention.

Dans la cour, alors que nous nous apprêtons à repartir, une famille de tibétains en habits traditionnels demande à Hélène de prendre une photo avec eux ce qu’elle accepte avec plaisir. Le patriarche, avec sa barbe et ses boucles d’oreilles, est vraiment très représentatif des nomades tibétains et de leurs tenue. A sa ceinture, il porte une sorte d’étui en bois qui contient des aiguilles. Une boite à couture ambulante, quoi ! Et bien sûr, un moulin à prières et un tengwa (chapelet tibétain) constitué de 108 perles. Deux jeunes filles, qui pourraient être ses grandes filles, portent également un habit traditionnel avec une sorte de tablier qui est réservé aux femmes mariées.

Nous reprenons notre trajet et pouvons apercevoir le long de la route des paysages plutôt arides et quelques agriculteurs qui labourent à l’aide de yaks ou de chevaux. On va même pouvoir admirer des mammifères se situant entre le bouquetin et le mouflon : le grand bharal ou mouton bleu. Bon, on n’a pas trop vu pourquoi le bleu… On fera un dernier arrêt au Gyatso La Pass (5220m) d’où nous sommes censés voir pour la première fois l’Everest mais de nombreux nuages nous en empêcheront. Nous passons la nuit New Tingri à dans un hôtel très correct.