ROAD TRIP 2 PARTIE 2 : SÉJOUR CHEZ LES TSAATANS

par | Juil 20, 2018 | Mongolie | 3 commentaires

Jeudi 12 juillet 2018, on part pour camp de la famille du « horse guiding ». Ce sont quelques 300 km de piste, de soubresauts, de secousses et de bonds pour rejoindre ce lieu au milieu des steppes mongoles. Le van ne va pas bien. Bulgaa semble un peu inquiet et on se demande si on va pouvoir rejoindre les tsaatans (éleveurs de rennes qui vivent dans la Taïga), notre destination finale. Un autre camion de la même compagnie nous rejoint avec un groupe d’amis, cinq espagnols et un français. L’idée, c’est de faire la route ensemble et de s’entraider en cas de problème parce qu’eux aussi ont eu des soucis avec leur véhicule. Par contre, on se demande si du coup on va aller chez les Tsaatans avec eux, ce qui ne nous séduit pas, mais alors pas du tout. On en parle avec Alex et Bulgaa qui nous disent qu’ils vont s’organiser pour qu’on n’ait pas ce désagrément. En chemin, nous nous arrêtons à un ensemble de övöo, ces amas de troncs de bois et de morceaux de tissu essentiellement bleus, le tout en forme de tipi. Ici, les gens sont surtout chamanistes et plus tellement bouddhistes.

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On arrive dans une petite ville, Ulaan-Uul où le Nadaam se termine juste et nous assistons à une sorte de remise de prix des lutteurs. On arrive pile pour prendre la photo du vainqueur ! Et on mange du fromage et des sortes de biscuits qui sont distribués à tout le monde pour fêter l’événement.

On poursuit notre chemin avec l’autre camion qui nous suit. À un moment (donné), on se retrouve face à une étendue d’eau à franchir. Alors que Bulgaa sort pour évaluer le meilleur endroit pour passer, un cavalier traverse avec son cheval pour donner une idée de la profondeur. Bulgaa décide de tenter le coup (avec nous dedans), sous le regard amusé des occupants de l’autre camion. Et au milieu, on se retrouve coincé, avec l’eau qui monte dans l’emplacement du marche-pieds à l’intérieur de l’habitacle. Du coup, on est bien content quand le guide de l’autre groupe vient accrocher un câble et que le véhicule nous sort de là ! Le long du trajet, on peut admirer une très belle chaîne de montagnes qui s’éclaire avec le soleil couchant.

Nous arrivons enfin à notre campement pour la nuit. Hélène sympathise avec les espagnols avec lesquels elle est trop contente de parler. On discute un peu avec Alex et Bulgaa au sujet du programme qui nous attend. L’agence nous a proposé un jour de cheval, un jour chez les Tsataans et un jour de cheval pour revenir. Nous avons demandé à rester deux jours chez les éleveurs de rennes, ce qu’ils ont accepté. Et là, alors qu’on y va demain, on apprend que les nomades ont changé de camp et qu’il faut deux jours de cheval pour les rejoindre, qu’ils sont à environ 80 km… Pardon !? Du coup, Amber renonce et préfère rester ici car elle n’a jamais fait de cheval. Et nous, on se pose un peu des questions mais on se dit qu’on n’a pas le choix. Finalement, Bulgaa et moi-même arrivons à la convaincre d’y aller.

Vendredi 13 juillet 2018, le départ est prévu vers 11h car on doit attendre le retour d’un homme qui doit aller à Tsagaannuur en moto (environ 45km aller), pour faire (encore!) tamponner nos permis. Vous l’avez compris, en Mongolie, l’heure est un concept particulier. On partira après le repas de midi, vers 14h… En plus, nos chevaux qui attendent au soleil sont agacés par toutes les mouches qui se posent sur eux. Du coup, vu qu’on a le temps, la famille nous reçoit dans sa yourte avec, comme il se doit, du thé au lait (de yak), du pain qui nous fait vraiment penser à celui qu’on fait et de la crème de beurre de yak, ce qui est super bon. Dehors, un gamin de six ans se débrouille pour monter tout seul sur un cheval, sans selle et en redescend tranquillement. Ici, ils apprennent à monter dès 4 ans.

Après avoir joué au ballon avec les enfants, on peut enfin partir. J’hérite d’un cheval blanc tandis que celui d’Hélène ressemble un peu à celui d’un indien. Amber est sur la seule jument du groupe et elle va s’avérer un peu pénible. De qui je parle ? Des deux !! Notre guide, Dala, tient un cheval de bât par la bride et, le premier jour, Amber, qui n’est pas rassurée. Au début, Hélène aussi sera tenue mais peu de temps vu que tout se passe bien. Par contre, pour moi, c’est directement l’autonomie ! Alex a aussi un cheval blanc et une selle typiquement mongole, ce qui signifie en bois et il va bien en souffrir. Après avoir franchit la rivière près du camp, nous longeons une longue vallée. Il fait beau, le paysage est superbe et la ballade est vraiment sympa. Soudain, Amber est éjectée de son cheval, par le côté, comme ça, sans que nous en comprenions la raison. Comme c’était en douceur, elle ne s’est pas fait mal. On fait une première pause et le groupe des espagnols nous dépasse à ce moment là.

Le trajet se poursuit, un peu gâché par la présence de toutes ces mouches qui agacent les chevaux et même nous, en bourdonnant par centaine autour de nos têtes. Mais le pire est à venir quand ce sont des dizaines de taons qui s’en mêlent et eux, ils piquent ! L’encolure du cheval d’Alex est en sang ! Hélène se fait piquer sur la main gauche et déclenche une réaction allergique locale. Heureusement, elle a apporté ses médicaments. Le campement est établi près d’une rivière. Nous montons les deux tentes et les filles se mettent à l’abri des insectes qui pullulent. Amber va faire un carnage en tuant toutes les mouches qui ont eu le temps de rentrer dans la tente, armée de son chapeau. Je reste avec les hommes (on est entre nous, d’accord?) et je les aide à faire des feux dans lesquels on fait brûler du crottin de cheval, ce qui éloigne les mouches, les taons et les moustiques. C’est plutôt efficace pour les deux premières catégories mais pas vraiment pour les moustiques qui me tournent autour. Je sens quelques piqûres mais je ne m’apercevrais que le lendemain que mon dos est couvert de boutons ! Je dois en avoir entre 20 et 30 ! ils ne doivent aimer que les caucasiens parce qu’Alex et Dala ne semble pas gênés…

Samedi 14 juillet 2018, après une bonne nuit pour tout le monde, on lève le camp vers 9h. Il fait encore très beau et les mouches sont déjà là, mais pas les taons ni les moustiques ! En chemin, les paysages sont très beaux avec des champs couverts de fleurs. Certaines ont des couleurs très vives, oranges, violettes, rouges et c’est super joli. On longe une rivière, par endroit il subsiste quelques névés témoignant de la rudesse de l’hiver.

On ne peux pas faire de photo en route parce qu’on préfère tenir nos chevaux qui sont… comment vous dire…têtus ! Ils n’ont pas de nom. Ici, ils les appellent par leur couleur. Hélène nomme le sien Cabotin et le mien Blanco. Les deux nôtres ne sont pas énervés et c’est à grand coup de « tchou » qu’on essaie de les faire avancer. En fait, ils n’ont que deux vitesses : la première et la quatrième. Ils s’arrêtent pour manger dès qu’ils peuvent et ensuite, rattrapent les autres en courant (de vrais gamins). Il faut alors se soulever pour éviter de cogner la selle et pour soulager le dos de notre monture. Par contre, ce sont des chevaux tout terrain. On va passer par des endroits incroyables comme des marécages dans lesquels ils s’enfoncent jusqu’au garrot et des passages sur de gros rochers glissants. Je n’aurais jamais cru qu’un cheval puisse faire ça, et avec nous dessus ! Et en plus, ça monte ! Ils sont trop forts ! Progressivement, on va aller à plus de 2200 mètres d’altitude. À la pause de midi, en bas d’un col, Hélène propose à Dala (par l’intermédiaire d’Alex parce qu’il ne parle que mongol) de marcher en tenant les chevaux pour les soulager à la montée. Dala nous explique que ce sera mieux pour la descente de l’autre côté. Parfait ! En plus, c’est carrément agréable pour nous de marcher et de dérouiller nos genoux qui sont un peu douloureux à cause de la position sur le cheval. Par contre, Amber a du mal à avancer à cause de l’altitude et ne peux même pas tenir sa jument. Heureusement qu’on ne l’a pas fait à la montée ! Je me demande si ce n’est pas un peu psychologique…

On arrive enfin en vue d’un camp de Tsaatans, reconnaissables à leurs tipis. Ce n’est pas le nôtre mais celui des espagnols. Comme eux repartent le lendemain, ils s’arrêtent dans le camp le plus proche. Le nôtre n’est qu’à environ 1/2h de cheval, dans une vallée dans laquelle on aperçoit plusieurs campements de tipis. Amber est épuisée et on est tous contents d’être arrivés. Des chiens, qui ressemblent à des loups annoncent notre venue en aboyant mais viennent nous demander des caresses dès qu’on est installés. La famille nous accueille gentiment chez eux avec du thé au lait (de renne), du pain et du fromage. Nous échangeons par l’intermédiaire d’Alex. Nous apprenons que nos hôtes sont figurants dans un film tourné au printemps 2018 avec Cécile de France comme actrice principale. Bolden la mère de famille nous montre sur son téléphone un selfie pris avec Cécile. Ce film « un monde plus grand » sortira courant 2019. Des peaux sèchent devant l’entrée et des lanières de viande sont accrochées à l’intérieur du tipi. On a l’impression d’être au bout du monde, parmi les derniers nomades de cette planète et c’est grisant, fascinant.

Nous avons un tipi pour nous quatre (avec Alex) avec des lits qui sont des planches mais qui présentent l’énorme avantage de nous isoler du sol. Et bien sûr, avec un poêle ce qui est indispensable ici. Les filles et Dala vont conduire les chevaux à l’écart pour qu’ils puissent manger tranquillement tandis que je coupe du bois en prévisions de nos deux nuits. C’est à ce moment qu’on va voir arriver les espagnols, à pied. Ils viennent nous rendre visite. Après plus de 5h de cheval, ils ne sont pas fatigués et ont mis 45 mn pour nous rejoindre. Ils ont la forme ! Ils nous expliquent ne pas être satisfaits de leur campement : ils dorment par terre, sur un sol tout bosselé et ils trouvent que notre tipi, c’est du grand luxe à côté du leur.

En plus, quand on leur dit que le soir, on est invité à manger dans la famille qui nous accueille, ils sont vraiment jaloux ! Et soudain, le camp s’agite. Les rennes arrivent !! Rassemblés par des cavaliers, il y en a une centaine et le spectacle est saisissant ! Ils sont parqués dans un enclos puis triés et ramenés vers une zone où ils sont attachés à des piquets pour la nuit. Les femelles sont traient le soir et le matin. Ce sont des animaux très doux, tant au toucher que de caractère. Pas étonnant que le père Noël les ait choisi pour tirer son traîneau ! Les jeunes viennent nous voir, curieux. Certains ont des bois énormes. Leur cri est particulier, entre celui de l’âne et du singe : « Hoooon ». Certains des enfants les chevauchent. On a l’impression de vivre un rêve…

Les tsaatans font aussi un peu d’artisanat et les espagnols vont en acheter pas mal. Tant mieux pour eux parce que nous, on n’est pas fans. Pendant le repas chez nos hôtes, nous convenons de nous lever pour voir la traite du lendemain et Hélène veut même s’y essayer. Comme ils ont cuisiné de la viande, ce sera pain et nutela (apporté par Alex) pour Netji. Et oui, même en Mongolie, il y a de la pâte à tartiner !

Dimanche 15 juillet 2018, c’est à 4h55 qu’on se lève mais, à part un lever de soleil rougeoyant sur le troupeau de rennes qui nous émerveille, il n’y a personne et vu la température on retourne se coucher.

C’est Bolden, la mère de famille, qui vient secouer Hélène un peu plus tard et on va assister à la traite. Les pis sont tout petits et Netji n’arrivera pas à en tirer du lait. Il n’en prennent pas beaucoup à chaque fois, juste un bol environ. Il leur sert pour le thé au lait, le fromage et le beurre.

On retourne se coucher. Alex nous propose de nous emmener, à pied, voir des familles tsaatans qu’il connaît. Amber, qui n’est pas venue à la traite, décline aussi la rando. C’est donc tous les trois que nous partons à travers la taïga de cette partie du sud de la Sibérie. Le problème c’est que nous nous retrouvons au milieu d’une zone marécageuse et on va se mettre plein de boue sur les chaussures. Les nôtres sont montantes mais pas celles d’Alex qui se retrouve bien mouillé… La famille fait preuve de la même hospitalité en nous offrant à boire et à manger très gentiment. Une dame âgée coud des bouts de tissus (je ne vais pas dire dans un coin, vu qu’on est dans un tipi XD). Elle est très belle avec ses cheveux blancs, son del orange et son visage tout ridé éclairé par un sourire presque constant. Elle porte des boucles d’oreilles et une bague en turquoise superbes. Ce sont quatre familles qui vivent ici, dont celles de deux de ses fils. Le plus jeune enfant de la famille attire tout de suite…devinez qui ? Hélène ! La communication qui se fait entre les deux se passe de langage. La petite fille a environ un an et demi et se réfugie régulièrement dans les bras de son père à la stature impressionnante mais à la tendresse surprenante. Nous passons un agréable moment chez ces gens si hospitaliers. L’après-midi, c’est dans une autre famille que nous nous rendons, à l’opposé. Les parents, chez lesquels Alex est resté trois semaines il y a six ans, ne sont pas là mais nous sommes accueillis chez l’un des fils. Le même rituel nous attend chez ces personnes qui n’ont pas grand chose, mais le partage. Nous avons apporté un livre de coloriage et le garçon nous remercie en le portant au front, comme c’est la coutume. Le plus jeune enfant a dix mois et quand il se réveille, sa maman le tient un moment au dessus d’une bassine en espérant un pipi…qui ne viendra que plus tard alors qu’il est habillé. Puis, après l’avoir laissé un peu gambader à quatre pattes et faire de gros câlins à son papa, elle l’attache avec une lanière de tissu pour limiter son espace. Le parc version tsaatan ! L’éleveur de rennes explique à notre guide que l’été se termine et que l’automne arrive. Nous sommes surpris mais il nous explique que la saison ne dure que trois semaines et qu’ils vont bientôt migrer à leur camp d’automne dans quelques jours. En fait, il suivent les rennes. Quand la nourriture n’est plus suffisante ils déplacent leur camp. En hiver, les rennes retournent à l’état sauvage, les éleveurs leur rendant visite de temps en temps pour voir si tout se passe bien (les rennes sont parfois attaqués par les loups), puis au d´but du printemps les tsaatans regroupent leurs troupeaux. Comme Alex va visiter d’autres tipis du camp, on rentre tous les deux. Amber est super inquiète pour la journée du lendemain. On doit user de beaucoup, beaucoup de psychologie (enfin surtout Hélène) pour la rassurer et l’apaiser. Si Dala dit qu’elle peut le faire, c’est qu’elle peut le faire ! C’est lui le spécialiste ! Des enfants des différentes familles de notre campement jouent au ballon. Ils me font signe de me joindre à eux. On échange nos prénoms. Il y a « Chimigue, Sitsigue, Tuche et Oundras » Je vais vivre un moment unique avec eux, ponctué d’éclats de rire, de cris de joie et de sourires. On essaie de s’appeler par nos prénoms. Hélène nous rejoint bientôt. Il y a une entente et une harmonie stupéfiante chez ces enfants. Pas de rivalité, de jalousie, de mesquinerie. Ils sont dans l’entraide permanente. Ils sont scolarisés en pension complète dans une ville voisine (à une cinquantaine de kilomètres) dès leur six ans. Actuellement, ce sont les vacances d’été. Ils aident beaucoup pour la vie quotidienne. Ce sont les femmes qui traient et qui font la cuisine. Les hommes s’occupent pas mal des tout petits et passent beaucoup de temps à cheval. Les enfants participent dès leur plus jeune âge à toutes les tâches. Ici, contrairement aux campements de yourte, il n’y a ni moto, ni voiture. Les déplacements se font à cheval ou à dos de rennes. D’ailleurs, les voilà qui arrivent et comme c’est le deuxième soir, Naranjo nous donne les brides pour conduire les animaux à leur attaches pour la nuit. C’est génial ! On est super content !!!

Et ce soir, c’est la finale de la coupe du monde. La veille, Alex nous a dit qu’on pourrait aller la voir dans un des tipis mais au repas, il nous annonce que la batterie n’est pas fonctionnelle pour la télé. Grosse déception pour moi. Puis, rebondissement, on peut voir le match dans le tipi d’une autre famille. Il est à 23h et on est un peu gêné parce que comprenez bien que l’espace du tipi sert à tout : cuisine, salle à manger et chambre. Du coup, deux enfants dorment déjà et la maman va rapidement installer par terre deux filles d’environ sept ans. Puis, avant la fin de la première mi-temps, elle va se coucher à son tour avec un des deux bébés. Hélène ne se sent pas à l’aise et préfère rentrer. Alex l’accompagne à cause des chiens qui peuvent être dangereux la nuit apparemment et promet de revenir. Mais comme il va changer d’avis et se coucher, je vais rester tout seul et en plus, le papa se couche lui aussi ! À la fin du match, j’éteins la télé mais je ne peux pas retourner au tipi car il fait nuit noire et le terrain est bien accidenté. Au bout d’une demi-heure où je ne sais pas trop quoi faire, je réveille le papa qui me donne une torche pour rentrer. Il est plus de 2h du matin, la France est championne du monde et j’ai 45 ans aujourd’hui !

Lundi 16 juillet 2018, le temps n’est pas beau du tout mais au moins il ne pleut plus (il a plu une bonne partie de la nuit). Le départ était annoncé à 8h mais, comme d’habitude, ce sera plus de 9h.. Cette fois-ci, c’est Amber qui met un temps fou à se préparer, comme tous les matins. Du coup, on va faire nos adieux à nos hôtes qui nous offrent, devinez quoi ? Oui ! Du thé au lait, du pain et du fromage. Ils sont vraiment adorables.

Mon émotion sera à son comble quand, alors que nous nous éloignons sur nos chevaux, le garçon (d’environ 6 ans) de la famille va crier : « Bysté (au revoir), Stéphane !!» Je suis vraiment touché qu’il ai retenu mon prénom depuis la partie de ballon. Si je reviens dans cette partie du monde, je reviendrai les voir, c’est sûr ! Aujourd’hui, on va faire en un jour ce qu’on a fait les deux premiers jours. C’est faisable parce que les chevaux iront plus vite. On sera à la descente et ils sont contents de rentrer. Et en plus, Bulgaa vient nous chercher vers la fin, nous raccourcissant le voyage d’environ une quinzaine de km. On ne sait pas combien de kilomètres on a fait pour rejoindre les tsaatans. Je dirais une soixantaine. Alors qu’on chevauche en direction du col, Cabotin, le bien nommé, suit un autre chemin que les autres et se retrouve devant un obstacle qui lui arrive au garrot. Et c’est en le franchissant qu’Hélène va chuter, en arrière. La routine quoi ! Heureusement, rien de cassé ! La reine des chutes devait tester cette sorte là aussi ! On passe le col et on fait donc, en toute logique, la descente à pied. Amber, dont Dala tient le cheval, arrive un bon moment après nous, épuisée. Elle ne doit vraiment pas bouger du tout dans sa vie. Elle demande si on peut se reposer un peu. Bon… Au bout d’un moment, elle demande à s’arrêter pour pisser… Plus tard, elle veut manger ! Je vais craquer ! Alex n’est pas super non plus. Et comme elle ne suit pas ses conseils pour tenir les rênes par exemple et que le sol est glissant, il n’est pas rassuré pour sa sécurité. On le sent un peu tendu. Hélène reste avec elle pour faire du soutien moral et Dala s’arrête pour une pause où elle peut enfin manger. Comme elle s’adresse de façon un peu rude à notre guide, je lui dit de manger et d’arrêter de nous gonfler. En gros, parce que c’est en anglais mais elle capte bien le message et se calme. Dala nous annonce trois km pour le repas. Super ! En fait on y sera près d’une heure et demi plus tard donc je pense que ce sont des estimations à prendre avec des pincettes. On pique-nique là où on a planté la tente à l’aller et il y a toujours autant de mouches et de moustiques. Dala nous dit qu’il nous reste trois heure pour rejoindre Bulgaa mais maintenant, on s’est bien repéré et on n’y croit pas une seconde. On mettra moins d’une heure pour voir le camion et notre chauffeur qui pêche en nous attendant ! Voilà ! On l’a fait !! On peut être fier de nous et Amber aussi ! On aura quand même fait pas moins de 120 km à cheval. Pour retourner au campement de la famille d’ « horse guiding », on doit faire un détour, la pluie ayant gonflé la rivière et il est impossible de prendre le chemin direct. Et en plus, cette fois-ci, on est tout seul, donc Bulgaa ne prend pas le risque qu’on se retrouve coincé au milieu. Dala arrive 1/2h après nous, avec tous les chevaux. On aurait pu faire tout le chemin à cheval mais on est un peu naze quand même.

Une dame nous invite dans sa yourte. C’est la maman de Naima, le guide qui nous héberge. Au bout d’un moment, Bulgaa nous traduit que, simplement en écoutant la voie d’Hélène, elle sait qu’elle a cinq enfants. Non !? Mais c’est incroyable ! Et combien de petits enfants !? Elle réfléchit un moment et montre avec ses doigts le chiffre quatre. Nous sommes ébahis ! Car s’il n’y en a que deux de nés, deux autres arrivent et entrent donc en ligne de compte ! Du coup, c’est une connexion particulière qui la relie à Netjie et elle se sourient et se serrent la main chaleureusement. Dala, qui ne semble pas plus fatigué que ça, va alors tuer un mouton sous nos yeux. Tiré par une patte par un gamin, ils vont le mettre sur le dos. Dala va pratiquer une incision d’environ 15cm au niveau du ventre. Le mouton est très calme, ne bêle pas, ne se débat pas. Il ne semble pas souffrir, même quand Dala va glisser une main dans son ventre et pincer l’aorte abdominale. Il va s’endormir doucement, sa tête s’affaissant sur le côté. Cela vous paraît peut-être incroyable (et à nous donc !) mais l’opération a duré 20 secondes, pas une goutte de sang n’a été versée et l’animal n’a réellement pas semblé souffrir. Je crois qu’il pourrait donner des cours dans nos abattoirs ! Et en une heure environ, l’animal va être entièrement dépecé. C’est d’abord la peau qui est détachée du corps puis tout est découpé. Ils mangent tout, absolument tout, sauf la vésicule biliaire. Alors qu’Hélène suit la dame douée de divination, elle dit à Bulgaa que si elle parlait français, elle aimerait bien parler avec elle et lui raconter sa vie. Par l’intermédiaire du chauffeur et tout en nettoyant le système digestif du mouton, elle va lui raconter que l’hiver, il fait entre -45° et -50° et qu’ils déplacent le campement un peu plus près de la montagne pour se mettre à l’abri du vent.

Mardi 17 juillet 2018, nous quittons le camp de ger et profitons une dernière fois de l’hospitalité de nos hôtes pendant qu’Amber se prépare…

Environ 300km de piste nous permettent de rejoindre Moron et la civilisation. Nous retrouvons sans joie les secousses et les bonds du camion. Après une pause repas au même endroit qu’à l’aller, avoir franchit des rivières, vu des yaks (beaucoup), des chameaux (un peu, on est quand même en Sibérie) et des prairies couvertes de fleurs, on arrive dans la petite ville en fin d’après-midi.

On va pouvoir, enfin, se doucher et utiliser des toilettes assises ! Par contre, il y a noir de monde et le retour à la vie en société est un peu brutal pour moi. On va quand même aller acheter l’apéro français pour notre dernière soirée : bières, cacahuètes et chips. Nos « lits » sont tellement défoncés qu’Hélène finira par mettre les couvertures qui font office de matelas par terre, dans la nuit.

Mercredi 18 juillet 2018, c’est une journée complète de route qui nous attend avec presque 700 km jusqu’à la capitale. Nous devons partir à 7h et… nous y arrivons ! Même Amber ! Yessss ! Avec une vitesse de pointe qui ne dépasse pas le 70-80km/h, on va mettre un peu plus de 13 heures. A plusieurs reprises nous doublerons des camions transportant de la laine de moutons et nous serons régulièrement ralenti par des troupeaux traversant la route et même parfois la chaussée. Nous arrivons enfin, il est près de 21 h, nous quittons Alex et Bulgaa. Nous avons passé pas moins de 21 jours avec Bulgaa, ce n’est pas rien et cela crée des liens.

Jeudi 19 juillet 2018 et Vendredi 20 juillet 2018, ces deux jours sont consacrés à un repos bien mérité après notre périple chez les tsaatan et à la rédaction du blog . Le jeudi soir nous sommes allés dans une pizzeria pour fêter mon anniversaire. Notre tour du monde se termine et demain nous prenons l’avion pour la France. Nous sommes à la fois très heureux de rentrer pour voir tous les gens qui nous sont chers, mais cela fait tout de même un peu bizarre.