LHASSA

par | Juin 13, 2018 | Chine | 5 commentaires

Jeudi 31 mai 2018, en plus d’être le jour anniversaire de nos dix mois de voyage, c’est le grand départ pour le Tibet. Ce sont 22 heures de trajet qui nous attendent. Nous avons lu beaucoup de témoignages assez négatifs sur ce train, surtout sur ses toilettes (turques, bien sûr!). Il y a trois niveau de confort dans ce train : des sièges assis (mais pour 22h, non merci!), des couchettes dites « dures » avec six personnes dans le compartiment et des couchettes dites « molles » avec quatre personnes dans le compartiment. Nous avons opté pour la gamme intermédiaire (et oui, Netji n’est plus toute jeune;)). Il faut savoir que les couchettes du milieu sont prises d’assaut dans les réservations car réputées être les meilleures. Celles du haut ont très peu d’espace avec le plafond et celles du bas sont souvent squattées par les passagers du compartiment. Nous avons donc une couchette en haut et une en bas. Et deux strapontins font face au compartiment, permettant de laisser libre les couchettes du bas. Nous ne serons donc pas embêtés, d’autant que deux des passagers descendent assez rapidement et que les deux derniers les imitent avant la nuit. On se retrouve tout seuls pour dormir ! Trop bien !! Et les toilettes sont sincèrement tout à fait correctes et n’ont rien à envier à ceux de nos trains ! Vers dix heures, les lumières s’éteignent, mais on s’en fout, on se regarde un film. Et oui, on a tout prévu pour passer le temps et on ne va pas le trouver si long que ça ! Une dame de la compagnie passe dans la soirée pour ouvrir des petites vannes d’oxygène installées dans chaque compartiment. C’est vrai qu’on va passer un col à plus de 5000 mètres!

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Vendredi 1er juin 2018, après avoir traversé de beaux plateaux entourés de montagnes enneigées et passé une nuit moyenne, nous arrivons à Lhassa.

Située à 3650 m d’altitude, cette ville millénaire est le cœur spirituel de la culture tibétaine. Elle abrite plusieurs lieux sacrés où viennent se recueillir les croyants bouddhistes. Mais, à mesure que la présence chinoise s’impose, la ville change de visage, cédant aux sirènes du tourisme de masse. À la gare, nous passons de multiples points de sécurité (en Chine, la sécurité, c’est tout le temps!) et trouvons un homme qui tient une pancarte « Mr Russias ». La classe ! Oui c’est nous, les VIP ! Pour une fois !!! Un mini van confortable de 7 places nous conduit à notre hôtel 4 étoiles. Voui, vous avez bien lu ! 4 étoiles !! Je ne vais pas nommer notre guide ni notre conducteur pour leur éviter tout problème en cas de propos tendancieux…En tout cas, sachez qu’ils sont adorables et que notre guide est anglophone. Une fois (luxueusement) installés, nous partons dans la vieille ville. Lhassa est le seul endroit du Tibet autonome dans lequel nous pouvons nous déplacer librement, sans avoir besoin d’être accompagnés. C’est par ce que ce n’est pas possible ailleurs que nous avons été obligés de prendre un tour payant et très cher d’ailleurs que nous partageons avec trois autres personnes, un couple franco-canadien (Ivy et Charles) et un australien (Thomas), tous bien jeunes. Donc on part profiter de notre liberté temporaire en rejoignant le quartier de Barkhor, au milieu duquel trône le temple de Jokhang que nous visiterons le lendemain. Des petites ruelles piétonnes conduisent à un passage circulaire (un Kora) qui permet aux fidèles de faire le tour du monastère, dans le sens des aiguilles d’une montre, bien sûr. À chaque accès au kora, un poste de contrôle policier filtre le flux humain. Les regards que nous croisons sont toujours aussi amicaux et les sourires bienveillants s’affichent facilement.

Alors que nous entrons dans un petit restaurant sous une pluie fine, nous en ressortons sous le soleil. Le temps change très vite ici et passe par toutes les variantes en une journée. Des fidèles avancent en effectuant des prières couchées sur le chemin pavé, parfois accompagnés de très jeunes enfants. De nombreux touristes (asiatiques) leur glissent un billet dans la main ou le sac. Nous nous asseyons un moment pour nous imprégner de la ferveur ambiante. C’est assez fascinant et nous passons un bon moment.

Samedi 2 juin 2018, c’est le premier jour de visite organisée et c’est par le temple de Jokhlang que nous commençons. Construit en 639 sous le règne du roi Songtsen Gampo, il est le sanctuaire le plus vénéré du Tibet car il abrite la statue du Jowo Sakyamuni (statue représentant le jeune Bouddha Sakyamuni (ou Sidartha Gautama) à l’âge de 12 ans). Devant la porte principale est érigée une stèle sur laquelle sont inscrits les termes du traité de paix sino-tibétain de 822. Il est notamment gravés : « Le Tibet et la Chine garderont les frontières qu’ils possèdent actuellement. Tout à l’est est le pays de la grande Chine, tout à l’ouest est le pays du grand Tibet. Désormais, de part et d’autre, il n’y aura ni hostilité, ni guerre, ni prise de territoire. » Quelle ironie !! Une foule de pèlerins prient et se prosternent dans l’avant-cour. Le dharma, la roue de la loi universelle, est entouré de deux daims au-dessus de l’entrée du temple (en fait il en est de même dans tous les temples ou monastères bouddhistes).

Après un contrôle de sécurité, nous entrons dans ce lieu où il est interdit de faire des photos comme dans tous les temples. Juste après l’entrée sont dressées les statues des Quatre Rois gardiens (Chökyong), deux de chaque côté. Ensuite nous contournons une belle cour intérieure surplombée par de beaux toits de pagode couleur or. C’est très joli ! Il y a même un balcon depuis lequel, le Dalaï-lama regardait les opéras tibétains . Nous accédons enfin à la salle principale. Celle ci renferme les plus importantes statues et chapelles, notamment une statue de Guru Rinpoche (ou Padmasambhava) un lama indien qui introduisit le bouddhisme au Tibet au VIIIe siècle, une statue de Jampa (Maitreya, le bouddha du Futur,) et une statue du bodhisattva Chenrezig (Avalokiteshvara) aux 11 têtes, mille bras et mille yeux . Nous visitons, en nous frayant un chemin parmi les très nombreux pèlerins et autres touristes,les différentes chapelles qui entourent cette salle dans le sens des aiguilles d’une montre. Les fidèless touchent les statues de la tête, jettent des graines en offrandes et versent du beurre de yak fondu dans de grades lampes à beurre. Chacune des nombreuses chapelles contient des statues de personnages importants ou de grande figures du bouddhisme : Tsongkhapa (fondateur de l’école Gélupas), le roi Songtsen Gampo et ses deux épouses, Öpagme (Amitabha, bouddha de la Lumière infinie), Trisong Detsen et Ralpachen (deux rois tibétains qui ont participé au développement du bouddhisme au Tibet), le 7 ème et 13 ème dalai-lama et bien d’autres encore. Nous arrivons péniblement à la chapelle qui attire tant de monde: la chapelle de Jowo Shakyamuni. Haute de 1,50 m, la statue de Sakyamuni est incrustée de pierres précieuses, couverte de soieries et de bijoux. Nous accèdons ensuite au premier étage òu il y a moins de monde.

Après ce bain de foule, nous allons dans un restaurant (appartenant à l’agence) et le repas nous est offert en guise de bienvenue. Nous nous rendons ensuite au monastère de Sera. Il fut fondé en 1419 par un disciple de Tsongkhapa . Il est constitué de 3 collèges : le Sera Me, le Sera Je et le Sera Ngagpa . Au dessus de celui-ci, est perché dans la montagne l’ermitage jaune de Sera Utse où Tsongkhapa s’est retiré pour méditer pendant trois ans.

Nous commençons par visiter le collège Sera Je avec une salle principale époustouflante, ornée de thangkas (grandes tentures peintes ou brodées). Puis nous arrivons dans la chapelle Tamdrin, incarnation courroucée de Chenrezig où des fidèles bouddhistes achètent des écharpes blanches qu’ils vont ensuite donner à un moine avec un billet et celui-ci applique un dépôt noir sur le nez des enfants et parfois de leurs parents pour les protéger des mauvais esprits (d’après notre guide).

Nous nous rendons ensuite dans un lieu des plus insolites ! Ici, de 14h30 à 17h30, des moines s’affrontent dans un exercice cérébral rythmé par leur claquement de mains, plus ou moins théâtral. Il y a ceux qui sont debout et qui posent les questions, et ceux qui sont assis et qui doivent y répondre. Il ne s’agit que des enseignements religieux. Le claquement de mains signifie : ma question est posée, réponds y ! Le fonctionnement se fait par binôme et la cour est emplie d’un bruissement de paroles et de claquements de mains. Si le moine qui répond se trompe ou ne sais pas, il est puni par des corvées de nettoyage. C’est hypnotique et nous avons du mal à quitter ce lieu !

Plus loin, nous entrons dans le Tsogchen (principale salle d’assemblée). La salle centrale est impressionnante avec sa statue de Jampa haute de 2 étages. Elle est entourée de statues de certains dalaï-lamas sur la droite, le grand trône du 13e dalaï-lama étant sur la gauche. Des sculptures en beurre de yak décorent la salle et les murs sont couverts de tangkas. A l’étage dans une chapelle nous retrouvons une statue de Chenzerig avec ses onze têtes, mille bras et cent yeux (elle est la représentation des dalaï-lama). Il y a toujours plein de fidèles tibétains en habits traditionnels .

De retour à notre hôtel, nous profitons de notre soirée libre pour retourner dans les vieilles rue de Lhassa, nous immerger encore une fois dans la ferveur bouddhiste. On passe devant de nombreuses échoppes de souvenirs, des commerces vendant du beurre de yack ou de viande.

Le soir, au détour d’une ruelle, nous apercevons un groupe de tibétains jouant à un jeu de dés. Nous n’avons pas compris les règles mais s´était amusant car chaque fois que l’un des joueurs renversait le bol contenant le dé il poussait un léger cri .

Dimanche 3 juin 2018, c’est au Potala que nous nous rendons. Ce palais mythique représente beaucoup pour Hélène qui rêvait de le voir. Elle est émue devant cet immense palais chargé d’histoire et de spiritualité. Il a été la résidence de plusieurs Dalaï-lamas des années 1645 à 1959. C’est vrai qu’il est beau ! Nous devons passer, devinez quoi ? Ouiiiii, la sécurité (contrôle des billets, vérification des sacs) plusieurs fois . Il est interdit de penétrer dans le Potala avec une bouteille d’eau (en effet celle-ci pourrait contenir un liquide inflammable et comme certains moines se sont immolés par le passé, le gouvernent chinois fait très attention). Il faut savoir qu’il y a un quota journalier de visiteurs ( 2500 ou 2800 suivant les sources) et que la visite est limitée à une heure (mais nous avons pu rester plus longtemps grâce à notre guide). Nous entrons dans le village Shöl, actuellement occupé par des services administratifs chinois mais il était auparavant habité par des familles tibétaines. Ainsi, à l’été 1995, plus de 140 familles furent expropriées et réinstallées au nord de Lhassa. La première forteresse fût construite sur la colline de Marpo Ri par le roi Songtsen Gampo, au VIIe siècle. En 1645, le cinquième Dalaï-lama y fit construire un nouveau palais et il fut agrandi par le treizième Dalaï-lama au début du XXe siècle. Le Potala comprend deux palais. Le palais Rouge, à la fonction exclusivement religieuse, et le palais Blanc, où se trouvaient les quartiers résidentiels ainsi que le gouvernement du Tibet jusqu’en 1959. L’ensemble compte jusqu’à treize étages et plus de mille pièces.

Nous montons ensuite par une rampe d’escalier, longeons un bâtiment jaune qui abrite l’imprimerie du Potala et débouchons sur la vaste cour extérieure du Palais blanc. Cette cour accueillait les danses des moines lors de cérémonies et lors de représentations d’opéras tibétains. Un balcon permettait au Dalaí-Lama d’assister au spectacle. Au sommet du triple escalier qui grimpe à ce palais, on peut remarquer les empreintes de main dorées du 5e Dalaï-lama sur le mur à gauche. Un hall nous permet ensuite d’accéder au palais blanc dans lequel nous traversons la salle du trône (ou salle d’audience) où les Dalaï-lamas recevaient les chefs d’état. On continue dans le sens des aiguilles d’une montre par la salle de réception, puis la salle de méditation et enfin le bureau et l’ancienne chambre de Tenzin Gyatso, l’actuel Dalaï-lama, qui ont été laissés en l’état depuis son départ en 1959.

Nous visitons ensuite le palais rouge qui s’étend sur plusieurs niveaux et abrite de nombreuses chapelles contenant les statues habituelles, des mandalas tridimensionnels (certains sont incrustés de joyaux), les trônes de certains Dalai-lamas et des bibliothèques. Il héberge aussi les stupas (sépultures) de huit des Dalaï-lamas. Le stupa contenant la dépouille du cinquième est le plus grand (14,85 m de haut). Sa structure en bois de santal est recouverte de feuilles d’or (3727 kg) et sertie de milliers de diamants, perles, turquoises, agates et autres pierres précieuses. Dans la partie la plus ancienne, un petit corridor conduit à la “grotte” de méditation du roi Songtsen Gampo. Celui-ci y effectua une retraite de trois ans ! Il vivait complètement en ermite et se faisait à manger sur place.

En redescendant nous avons une vue sur l’esplanade du Potala et son monument (controversé )de la libération pacifique du Tibet. Il célèbre ce que la Chine appelle la libération pacifique du Tibet par l’armée populaire de libération. Le gouvernement tibétain en exil a déclaré que le monument avait été construit « malgré l’hostilité de la population tibétaine, pour qui il s’agit d’un rappel quotidien de l’humiliation subie par le peuple tibétain ». Il est gardé jour et nuit par des militaires pour empêcher toutes détériorations.

Après le repas nous nous rendons au parc Norbulingka. C’est à cet endroit que Le 7e Dalaï-lama fit construire le premier palais d’été en 1755. Le 8e Dalaï-lama fit agrandir les jardins et creuser un lac et le 13e Dalaï-lama commanda les trois palais dans l’angle nord-ouest du parc.

C’est l’un des seuls endroits arboré de la ville et les tibétains s’y retrouvent pour pique niquer et passer un moment tranquillement. Un zoo, réputé terrible (parce que les animaux non acclimatés y meurent en deux ans), a remplacé les cerfs, les oiseaux et autres animaux sauvages qui peuplaient ce lieu auparavant. Nous entrons dans le Kelsang Podrang (tous les Dalaï-lamas, du 7e au 13e, l’ont utilisé comme palais d’été) puis dans le Chensal Podrang qui recèle les différents mode de transport des Dalaï-lamas successifs lorsqu’ils ont été trouvés. Il y a même le vélo utilisé par l’actuel quand il était tout petit ! Puis nous allons voir le Tsokyil Podrang ou « palais du lac », qui est un pavillon construit sur une île au milieu d’un petit lac.

Nous terminons par le nouveau palais d’été (Takten Migyü Podrang), bâti au centre du parc sous l’actuel Dalaï-lama entre 1954 et 1956 . La première pièce, la salle d’audience du dalaï-lama est ornée de peintures murales qui décrivent l’histoire du Tibet. On visite ensuite les appartements privés du Dalaï-lama (salle de méditation, chambre), puis la salle d’assemblée, où il recevait les chefs d’État. Les jardins extérieurs sont très fleuris avec partout des géranium, des immortelles, des pensées, de la misère, des hortensias, des primevères, des agapanthes et bien d’autre fleurs, plantes grasses et arbustes magnifiques qui vont enchanter Netji. D’après notre guide, le Dalaï-lama actuel aime beaucoup les fleurs et son palais d’été par lequel nous terminons notre visite, atteste de ce penchant de la plus jolie des façons !

Dernier petit fait historique, en 1959, le Dalaï-lama actuel s’échappa du Norbulingka déguisé en soldat. Le parc était alors encerclé par quelques 30 000 Tibétains venu protéger le Dalaï-lama à la suite d’une rumeur qui prêtait aux Chinois l’objectif de l’enlever. Cette journée s’achève et nous rentrons à l’hôtel bien contents même si le concept de tour en groupe n’est pas vraiment en accord avec notre rythme et nos envies.