GANZI-DEGE

par | Juin 1, 2018 | Chine | 4 commentaires

Mardi 22 mai 2018, nous partons en bus en direction de Daocheng (à environ 300km) et, si c’est possible, de Litang. Nous remontons dans la direction du nord et de Xining d’où nous devons prendre un train pour Lhassa le 31/05. Nous entrons dans la province du Sichuan (les 4 rivières ). Quand nous arrivons à Daocheng, 10h plus tard (!!), nous comprenons, après ce trajet éprouvant avec plusieurs heures sur des pistes, que les transports vont nous prendre beaucoup de temps d’ici la fin du mois. Xining est à environ 2000km…Bon, l’avantage, c’est que nous passons plusieurs cols dans les montagnes et que les paysages sont absolument superbes ! La vue nous rappelle à la fois le Yosémite et les Dolomites. On s’en met plein les yeux !

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Des troupeaux de yaks et de chevaux broutent dans les champs au bord de la route ou de la piste et différents villages sont édifiés le long du chemin. On voit ainsi changer l’architecture, passant des grosses maisons aux formes trapézoïdales et très colorées à des villages plus humbles en pierres jusqu’à des baraquements avec du plastique qui nous paraissent bien précaires…Nous avons repéré un hébergement dans nos prix à Daocheng et nous y rendons à l’arrivée. La chambre est confortable, avec des couvertures chauffantes (la ville est à 3700m) et la salle de bains avec la douche au-dessus des toilettes turcs (mais quand je dis « au-dessus », c’est pas pour rire…), est fonctionnelle. Nous demandons au staff, très sympa, si ils font à manger (on est un peu affamé…) et ils viennent nous chercher vers 19h. Dans la pièce de la réception, plusieurs plats sont posés sur une table basse : un bouillon avec des tranches d’épis de maïs, une soupe de nouilles, des sortes de frites cuites dans un bouillon (elles sont al dente comme pratiquement toujours ici), des courgettes super épicées, et d’autres plats avec ou sans viande et tous très bons. Nous nous retrouvons avec les deux membres de l’hôtel et trois autres touristes (chinois) à manger dans une bonne ambiance conviviale. Chacun mange dans un petit bol, avec des baguettes en se servant ce qu’il veut. Si la langue est une barrière, les applications de traduction nous aident pas mal et nous passons une bonne soirée.

Mercredi 23 mai 2018, c’est à 4h45 que le réveil sonne. Notre bus pour Litang est à 6h10 et l’hôtel a organisé un transport qui nous emmène à 5h30. Pourquoi si tôt ? Mystère…On attend donc plus d’une 1/2h dans la nuit et le froid, avec beaucoup d’autres personnes. Une jeune asiatique se prend régulièrement des « shoots » d’oxygène grâce à une petite bouteille équipée d’un embout…C’est marrant mais en même temps, j’ai mal à la tête depuis la veille donc…En chemin, des petits villages, des monastères et des stupas nichés dans les flancs des montagnes donnent de belles couleurs grâce aux drapeaux de prières multicolores. A notre arrivée à Litang, nous nous rendons dans une auberge de jeunesse recommandée par le Lonely. Le terminal est à l’extérieur de l’agglomération et c’est à pied puis en bus que nous y allons. Comme nous n’avons pas réservé et qu’il est encore tôt, nous devons attendre qu’une chambre se libère. Je me mets à lire des cartes et des infos en anglais accrochées sur les murs. C’est en ayant une belle vue d’ensemble sur la carte que nous décidons de changer nos plans et de partir directement pour Ganzi (Garzé). L’idée, c’est de pousser jusqu’à Dege, où une lamaserie utilise encore un système séculaire d’impression, et de se rapprocher toujours plus du nord. Le trajet ne se fait qu’en van et après négociations, nous partons avec un jeune, sur les coups de midi. Une fois le van de huit places plein, c’est un voyage de cinq heures environ qui nous attend. Quand nous arrivons à Ganzi (Garzé), nous sommes littéralement assaillis par des conducteurs qui veulent nous emmener je ne sais où. Nous leur faisons signe de dormir. Depuis quelques temps, comme nous sommes dans le Tibet historique, 90% de la population est tibétaine et ne parle pas le chinois. Notre application de traduction ne nous sert à rien ici et nous en sommes réduits à échanger par signes et finalement, on arrive assez bien à se comprendre. Une femme nous emmène vers ce que nous comprenons être un hôtel. Les sanitaires sont assez loin de la chambre, plutôt sales et sentent mauvais mais on prend quand même, on est trop fatigué pour chercher autre chose…La ville est située à 3200 mètres d’altitude et les montagnes alentour sont justes magnifiques.

Nous partons vers le terminal pour avoir des renseignements sur les horaires et les prix des bus pour Dege, notre destination du lendemain. Au terminal des vans, nous avons négocié un trajet pour 120 yuans qui part à 8h. Au terminal de bus, le transfert coûte 80 yuans mais ne part qu’à 14h. Vu le timing, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une journée et nous irons donc en van. En attendant le lendemain, nous partons visiter la petite ville animée et notamment son temple et son grand stupa. Avec la vue sur les montagnes enneigées autour, c’est splendide et on se régale.

Dans les rues, les gens nous saluent à grand coup de « tachideléééé » , bonjour en tibétain et la seule parole que nous connaissions. Certains nous serrent la main, d’autres vont jusqu’à me serrer dans leurs bras. Leur attitude amicale est incroyable ! Les enfants nous dévisagent avec des yeux éberlués et répondent à nos signes de mains, ravis. Pour manger, le menu étant absolument indéchiffrable pour nous et sans illustration, le cuisinier nous emmène carrément dans la cuisine pour choisir nos ingrédients. Ce que nous ne maîtrisons pas, c’est le côté épicé mais je crois que depuis le temps, on s’habitue.

Jeudi 24 mai 2018, nous partons en direction de Dege en van, donc. La route passe plusieurs cols et le paysage dans les montagnes est absolument splendide. Des tentes de berger, rectangulaires ou en forme de yourtes, font des petits points blancs dans les plaines. Le yaks sont partout, même sur la route. Des villages arborent de belles couleurs vives sur leurs boiseries. La dernière moitié du voyage se fera à neuf au lieu de huit mais le conducteur est vraiment parfait et on s’en accommode…Des carcasses accidentées de voitures sont posées bien en évidence sur les bords de la route. C’est probablement l’équivalent de nos croix noires qui symbolisent les morts de nos routes.Sur les collines, des stupas se dressent tandis que des drapeaux à prière, en cercle ou en rectangle, colorent des pans entiers de montagnes. Le chauffeur propose un arrêt photo au-dessus d’un superbe lac émeraude surplombé par des monts enneigés. C’est tellement beau !

Après de belles vallées glaciaires et des gorges, nous arrivons à Dege. Tout comme à Garzé, de nombreuses et gigantesques constructions chinoises tentent de transformer l’aspect traditionnel et ancestral de ces petites villes. Un jeune homme nous propose spontanément son aide et nous emmène vers un hébergement pas trop cher et propre. Avant de nous installer, il faut aller voir la police. Le jeune homme continue de nous servir gentiment de guide et d’interprète. Il est tellement adorable ! Après un repas local de nouilles, nous partons visiter l’imprimerie traditionnelle. Elle est abritée dans un immense monastère que les fidèles contournent par la gauche (suivant le sens des aiguilles d’une montre, normal). Ils tiennent des colliers de perles qu’il égrainent ou des moulins à prières qu’ils font tourner. Les hommes et les femmes portent souvent un chapeau de cow-boy. Nous sommes complètement immergés dans la culture tibétaine, certainement plus que nous ne le serons dans la province autonome du Tibet. Nous rencontrons un occidental (un seul!!), italien, avec qui nous discutons un bon moment. Il me fait penser à Giacomo rencontré au Myanmar avec ses propos plutôt révoltés.

La visite de l’imprimerie va nous fasciner avec son savoir-faire ancestral. Nous entrons à l’étage dans des pièces au plafond très haut. Des rayonnages sont entièrement occupés par des xylographes (blocs en bois gravés). Des échelles permettent d’accéder aux blocs les plus hauts. Vu le nombre de pièces, il doit y avoir des milliers de blocs ( en fait il y en aurait 277 000), tous différents !Sur ces blocs sont gravés des sutras (écritures bouddhiques).

Ce lieu est celui dans lequel des ouvriers travaillent et nous devons sans cesse éviter de rester sur leur passage alors qu’ils circulent en portant des piles de plaques de bois. Nous arrivons ensuite dans une pièce toujours aussi haute et ouverte sur l’extérieur. Une dizaine de binômes s’activent pour imprimer des bandes de papier blanches ou crèmes. La plaque est posée entre eux sur un support. L’un des deux applique une sorte de tampon imbibé d’encre sur la plaque et ils placent la feuille dessus. L’autre ouvrier passe dessus une espèce de rouleau. Ils vont très vite. Après une dizaine de recto, ils retournent la plaque et impriment le verso des bandes de papier. Après avoir emprunter une large échelle, nous pénétrons dans une petite pièce sombre où sont entreposés des blocs plus grands permettant d’imprimer de grands dessins. Plus loin, dans une pièce également ouverte, des travailleurs font sécher les feuilles et forment des paquets.

Une autre échelle nous permet d’accéder au toit. Il y a même un moine dans une petite pièce, à la disposition des croyants.

Dans une autre partie du bâtiment, des ouvriers impriment, mais cette fois-ci dans une couleur rouge-orangée. Ils vont moins vite et semblent s’appliquer un peu plus. Est-ce une qualité supérieure ?Nous redescendons par une coursive (abritant aussi des plaques de bois) qui domine la belle cour intérieure par laquelle nous sommes entrés. Les couleurs, à dominante rouge et noire, sont très vives comme toujours dans cette partie du globe. C’est splendide !

Pour terminer notre visite, nous entrons dans le temple proprement dit où un moine chante tout en martelant un tambour avec un rythme soutenu. Juste avant de sortir de l’enceinte du temple, nous remarquons une petite pièce dans laquelle un homme enduit en rouge la tranche d’une colonne de feuilles imprimées. Il utilise une presse et semble tout content qu’on l’observe travailler. Plus loin, un autre aiguise consciencieusement un outil en forme de serpette qui lui sert à découper les bandes de papier de différentes qualités. Nous sortons en ayant eu l’impression de faire un voyage dans le temps…Ce n’était vraiment pas ordinaire !Nous nous rendons ensuite un peu plus haut au monastère Gonchen appartenant à l’école Sakya (une des cinq écoles du bouddhisme tibétain). Des drapeaux à prières sont tendus au-dessus d’une grande cour. Trois moines ont allumé un feu de branchages dans le brûloir central et préparent un mélange de graines, de lait et de je ne sais quoi d’autre que l’un d’entre eux recueille dans une sorte de grand verre. Ensuite, il regarde un moine plus âgé qui discute en haut des marches d’une des entrées du monastère. Celui -ci lui donne le feu vert d’un geste et il jette le contenu de sa coupe au-dessus de sa tête. Nous entrons dans le temple où des moines sont en train de prier, en chantant et en musique, bien sûr.

Un petit groupe de touriste chinois se dirige vers un moine et lui demande sa « bénédiction ».

Nous sortons ensuite et nous dirigeons vers le haut du village. Nous voulons rejoindre notre hôtel en utilisant un autre chemin et en découvrant les vieilles ruelles. Mais, une famille nous fait gentiment comprendre qu’on est dans le mauvais sens et qu’il faut redescendre. On ne proteste pas. On ne veut pas les contrarier, même si un moine va dans le même sens que nous…Le son des trompes (dungchen) nous alerte et nous apercevons des moines qui soufflent dans les instruments depuis le toit du monastère. Comme nous sommes en hauteur, nous avons une belle vue plongeante sur le spectacle. De retour au monastère, ce sont des sortes de trompettes (radong) qui ont remplacé les grandes trompes et les moines musiciens portent un chapeau typique qui forme une grosse crête rouge.